Le mot de Patrick Lebreton, député-maire de St Joseph

La ville la plus australe de France et d’Europe s’est engagée depuis 2008 dans le Libre, un engagement dans le soutien et la contribution...

Bonjour à tous. Nous donnons aujourd’hui le coup d’envoi des 3e Rencontres Mondiales du Logiciel Libre Décentralisées, chez nous à St Joseph. Une manifestation qui me tient à cœur et qui se doit d’être renouvelée. C’est le souhait que nous avions émis, que j’avais émis, il y a huit mois le 31 octobre, rappelez-vous, dans le cadre plus bucolique peut-être du village "Bougez jeunesse", lorsque nous avions organisé une journée intitulée "Dégoogelisons Internet" - toujours d’actualité - et toujours avec les CEMEA de La Réunion. Une journée tournée sur la thématique de la vie privée numérique et de ses dangers potentiels face aux géants de l’internet, côtés en bourse, drainant des milliards sur la base d’un concept immatériel et souvent peu respectueux de notre vie privée.

Vous le savez, je suis un ardent défenseur de la ruralité... la Bénédiction est tout juste dehors, et y’a aussi le soleil dans le monde rural, et le rural que je suis, attaché à la terre, aux valeurs du travail, et du travail par l’effort, s’interroge souvent sur la mainmise de ces multinationales qui ont profondément modifié notre manière de communiquer et imposé une nouvelle définition au mot "ami". Ne voyez pas en ces termes une vision rétrograde de ma part. Le numérique a pris une place importante et nécessaire dans notre société. Du marmaille de Plaine des Grilles, du centre-ville ou de Parc à moutons, ou de Matouta, équipé d’un smartphone dès le plus jeune âge à nos aînés qui redécouvrent une nouvelle manière de communiquer, ces nouveaux outils font désormais partie de notre quotidien, mais il nous appartient d’en faire bon usage et de le faire en pleine conscience. C’est ce à quoi aspirent ces rencontres, une sorte de village d’irréductibles créoles, à défaut d’être gaulois, qui nous propose de véritables alternatives et une autre manière de concevoir le numérique de demain. C’est aussi cela, à notre manière, l’exception culturelle française.

Alors, oui. St Joseph, terre d’ambition, est fière et heureuse d’accueillir ces troisièmes rencontres qui font écho à notre politique numérique, une ville à l’identité rurale mais connectée, qui milite pour un développement numérique pour tous et qui passe aujourd’hui par la promotion du logiciel libre.

Le logiciel libre, dans notre commune, remonte à plusieurs années, mais le virage s’est opéré concrètement en novembre 2008, date à laquelle j’ai personnellement demandé au travers d’une note de service à ce que le logiciel libre soit priorisé dans les projets à venir. Nous avons donc mis volontairement le cap sur le Libre, ce qui a permis de mener plusieurs projets sous la bannière du logiciel libre. Nous avons donc abandonné plusieurs solutions propriétaires, par des outils libres et ouverts comme la suite bureautique Libreoffice ou notre système de messagerie électronique. Nous avons étendu, tant que faire se peut, cette politique sur les logiciels métier, comme la bibliothèque et bientôt la future médiathèque, ou le logiciel de recensement militaire. Nous avons aussi été actifs en tant que contributeur, puisque nous avons mis 5 applications développées en interne en licence libre et donc réutilisables et réutilisées par d’autres collectivités.

C’est cet esprit de partage qui fait la richesse du monde du Libre. Partage d’expérience, partage de compétences, pour ne pas réinventer la roue et mutualiser nos forces et nos énergies pour le bien commun. Ne pas recréer, partager et réutiliser ce qui existe, cela s’appelle du bon sens, chez nous. Le logiciel libre pour St Joseph, c’est une acquisition durable, c’est un investissement sur les hommes et non pas sur des licences. C’est aussi, et il faut le dire, une économie pour la collectivité. Depuis 2008 (il n’y a pas de petites économies pour nous), c’est a minima 20.000 € d’économie par an, soit 240.000€ sur huit ans. Le logiciel libre à St Joseph, c’est aussi la possibilité de se réapproprier son système d’information et de mettre en valeur des agents communaux. Et enfin, c’est favoriser l’économie locale ou nationale et ne pas rétribuer des royalties à des multinationales américaines. Je ne suis pas Che Guevara, mais enfin... on a aussi le choix, et je crois que quelque part, une famille se cimente au fur et à mesure sur ses orientations. Alors oui : le choix du logiciel libre fait aujourd’hui partie de notre ADN et faire ces rencontres à St Joseph, la ville la plus australe de France et d’Europe, prend tout son sens parce que nous sommes, plus que nulle part ailleurs à La Réunion engagés dans cette dynamique.

Le Libre peut, et doit avoir une influence croissante dans une société où l’informatique prend une place majeure dans le quotidien des usagers. Il offre aujourd’hui des possibilités et des solutions qui dépassent le simple domaine des ordinateurs pour s’étendre aux domaines créatifs. Les ateliers et conférences proposés sur les 4 jours qui démarrent aujourd’hui seront l’occasion de découvrir et tester les différents logiciels et de manière générale de découvrir l’esprit et la culture du Libre.

(...)

Je vous l’ai dit, ces rencontres vont dans le sens de la politique numérique menée sur notre territoire, une politique qui nous a permis jusqu’alors de faire rimer modernité et ruralité, et pour cette troisième édition, permettez moi de rajouter le mot liberté, en référence aux quatre grands principes du logiciel libre : la liberté d’exécuter, la liberté d’étudier, la liberté de redistribuer, la liberté d’améliorer. Je vous souhaite donc de très bonnes rencontres. Qu’elles soient fructueuses et sources de réflexion (...).

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